L’accord du participe passé des verbes pronominaux + infinitif

Mai 30th, 2012 | Par | Catégorie * grammaire, * orthographe

Participe passé des pronominauxLe participe passé des verbes pronominaux : accord ou pas accord ? Pas facile… Un précédent article exposait une règle simple pour y voir clair.

 Cas A : le verbe est seulement utilisable sous forme pronominale  – se suicider, se soucier…
– alors, vous accordez le participe passé avec le sujet, comme un participe passé avec être.

 Cas B :  le verbe existe également sous forme non pronominale – (se) laver, (se) voir….
– alors transformez la phrase afin que le participe passé du verbe pronominal soit conjugué avec avoir.
– Ensuite, appliquez la règle de l’accord des participes passés avec avoir.

Voyez donc le détail et des exemples dans l’article déjà mentionné.

 

Et si le le participe passé du pronominal est suivi d’un infinitif ?

Eh bien, faisons simple. Appliquons la règle déjà énoncée : accord avec le pronom réfléchi s’il est COD.
Ajoutons-y une exigence : ce COD doit aussi être sujet du verbe à l’infinitif.
Il n’ y aura pas d’accord s’il en est l’objet.

Des exemples

Elle s’est vue devenir borgne. Elle a vu elle-même qui devenait borgne.
Ils se sont sentis glisser vers l’eau glacéeIls ont senti eux-mêmes qui glissaient vers l’eau glacée.
Ils se sont imaginés reprendre leur vie d’avant. Ils ont imaginés eux-mêmes qui reprenaient leur vie d’avant.
     Dans ces 3 exemples, le COD est aussi sujet du verbe à l’infinitif.

Elle s’est vu prendre par la vagueElle a vu elle-même que la vague la prenait.
Elle s’est senti emporter par le courant. Elle a senti elle-même que le courant l’emportait.
      Elle-même 
n’est pas sujet de prendre, emporter. Elle en est l’objet. Pas d’accord.

Remarque : Aux constructions du type Elle s’est senti emporter par un inconnu, je préfère le plus fréquent : elle s’est sentie emportée par un inconnu.
Curieux que ni le Girodet ni Larousse ne mentionne cette tournure.

 

 

Participe passé des pronominauxSe laisser + infinitif : toujours la même règle 

Un peu de gymnastique pour appliquer la règle COD + Sujet.

Elle ne s’est pas laissée mourir. Elle n’a pas laissé elle-même mourir.
Elle-même à la fois COD et sujet de mourir : elle meurt

Ils se sont laissés tomber du haut du pont. Ils ont laissé eux-mêmes tomber du haut du pont.
Eux-mêmes à la fois COD et sujet de tomber : ils tombent du haut du pont.

Elle s’est laissé faire.   Elle a laissé faire à elle-même (on ne sait quoi).
COI (complément d’objet indirect) : pas d’accord.

Elles se sont laissé embarquer dans cette curieuse affaire. Elles ont laissé embarquer elles-mêmes / leurs personnes dans cette sale affaire.
Pas d’accord. Elles-mêmes n’est pas sujet d’embarquer mais objet.
Notons que cette règle n’est pas toujours appliquée. Des écrivains de renom ne la respectent pas et procèdent à l’accord.

 

Se faire + infinitif : par exception, toujours invariable 

Se faire suivi d’un infinitif est toujours invariable. Appliquer la règle définie plus haut vous ferait hésiter.
Elle s’est fait couper les cheveux en brosse.
A cause de l’eau de mer, les nouvelles robes qu’elle s’est fait faire sont fichues. Elle s’est fait pleurer en y pensant.

 

Bref

Pour accorder ou non le participe passé d’un verbe pronominal suivi d’un infinitif :

1. transformer la phrase afin que le participe passé soit conjugué avec avoir.
2. si le pronom réfléchi est à la fois COD du verbe pronominal ET sujet de l’infinitif, accorder le participe passé en genre et nombre.

Dans le cas contraire, pas d’accord.
Le participe passé de se faire + infinitif reste toujours invariable.

 

D’autres articles pour peaufiner son orthographe 

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Photo 1 : © eb / 2012 Araignée Roméo

Photo 2 : Library of Congress (E.U.) Harry Lauder and wife

 

 

 

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2 commentaires to “L’accord du participe passé des verbes pronominaux + infinitif”

  1. Un mois et 19 jours avant d’avoir pris connaissance de la suite de l’accord des verbes pronominaux (suivis d’un infinitif cette fois), c’est long!
    Mais depuis le temps que je ne m’y retrouvais pas, ce n’est pas trop tard!
    Et cette fois encore (même après quelques verres de vin blanc en guise d’apéro), j’ai trouvé la règle limpide.
    Merci une fois encore à Boileau et à Etienne, cheville ouvrière précise et inventive.

  2. Etienne B. dit :

    Bonjour Béatrice. Il fait plaisir ton commentaire. A quand un rosé ensemble ?

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